Lion

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Chanteur et vedette du No Human Orchestra, le Lion réussit par sa présence sur scène comme par sa voix très grave à imposer un groove aux racines africaines dans ce foutoir harmonique avec talent et brio. Dépourvu de nom propre (il aurait expliqué à un journaliste qu’il n’en avait pas besoin car savait parfaitement qui il était, avant de lui bouffer la cuisse), il effectue aussi à mi-temps une mission de maintien de l’ordre alimentaire, un petit boulot qui lui permet de se nourrir correctement encore que, de nos jours, les criminels consomment trop de saleté et leur viande est nettement moins savoureuse que par le passé.

Force est de constater que son activité de justicier s’est toujours passée en très bonne intelligence avec les forces de police, pour preuve ce rapport récent.

« Procès Verbal d’Intervention en date du 8 Janvier 1952.

Attendu que le brigadier Le Jaqueteau et moi-même avons répondu avec vitesse mais sans précipitation aux prétendus appels à l’aide d’une personne ayant refusé de décliner son identité au téléphone, préférant vociférer dans le combiné.

Attendu qu’il faisait bien froid et que, pour respect du règlement visant à modérer les dépenses de couverture sociale, le brigadier et moi-même avons bien pris soin de nous vêtir chaudement mais que conduire avec des moufles, on aimerait bien les y voir les crânes d’œufs suce-crayons.

Attendu que l’adresse indiquée manquait de clarté, ne précisant pas si l’incident se produisait à l’intérieur ou à l’extérieur du bâtiment et que l’on n’est jamais trop prudent.

Avons donc monté la garde devant la porte en attendant d’observer si des phénomènes louches se produisaient. L’urgence de la situation nous a ainsi forcés à ignorer le tapage nocturne produit dans le bâtiment suspect, des hurlements probablement causés par des beatniks.

Puis avons décidé de rentrer à l’intérieur du fait du froid déjà mentionné et de l’absence de réserve de rhum. Avons pénétré dans la maison et y avons constaté une forte quantité de sang. Avons donc ouvert une enquête préliminaire en restant bien à distance de la chambre d’où provenaient des bruits de mastication prononcés afin de ne pas perturber la scène d’un crime potentiel.

Après une heure, avons vu sortir une bête ressemblant à un gros chien mais en encore plus gros, soit pour la précision administrative, un très gros gros chien en plus gros. Tenait dans son bec un membre humain visiblement volé à un autre individu. Avons tenté de bloquer le passage du gros chien avec courage et audace, mais pas trop. Avons donc interrogé l’animal qui nous a assuré être lui-même en service et avoir, je cite : « Dévoré le corps du délit ».

Le brigadier Le Jaqueteau, n’écoutant que son courage et au mépris du règlement, tenta d’appréhender la grosse bête qui croqua sa virilité en, je cite ses propos, « légitime défense et ramène-toi gros malin si tu as quelque chose à me dire, tu as une tronche criminelle et bien dodue. ».

Ai décliné cette proposition passionnante mais au-delà de mes compétences, la faute à Paris qui veut toujours décider de tout…

Avons donc mis en place les actions suivantes :

–          Nouvelle appellation administrative du brigadier sous le nom « La Jaquetelle » et autorisation exceptionnelle du Préfet de Police à avoir des relations avec des êtres de même sexe sans que les collègues n’aient le droit de le qualifier de « pédale » (« tapette » reste toléré provisoirement les premier et quinze du mois).

–          Félicitations du gros chien et proposition de décorations officielles

–          Mise en examen du bras arraché pour stationnement illégal et provocations gratuites envers des personnes dépositaires de l’autorité publique, ce qui lui apprendra à jouer au con, sauf votre respect.

Vive la France.»